La forteresse UE dresse de nouveaux obstacles devant les Balkans occidentaux

Bonjour ! Nous sommes David Carretta, Christian Spillmann et Oliver Grimm, les auteurs de La Matinale Européenne. Les éditions française et espagnole sont assurées par Camille Lamotte.
L’analyse du jour est consacrée aux Balkans occidentaux. Oliver explique que, malgré l’influence économique croissante de l’UE dans la région, l’intégration des pays candidats se heurte désormais à une accumulation de barrières réglementaires, bureaucratiques et frontalières.
Dans notre briefing, nous revenons sur les menaces russes contre Kyiv et la riposte diplomatique de l’UE et de l’Allemagne, tandis que Londres cible les réseaux de cryptoactifs utilisés par le Kremlin pour financer sa guerre. L’OTAN réunira ses ministres de la Défense le 18 juin sur fond de réduction annoncée de la présence militaire américaine en Europe. Les pays “frugaux” s’organisent déjà pour limiter le budget européen 2028-2034. Giorgia Meloni règle ses comptes avec Ursula von der Leyen, accusée de sacrifier la compétitivité européenne à une logique technocratique. Enfin, la Hongrie de Péter Magyar entre en conflit avec la Commission en maintenant les restrictions sur plusieurs produits agricoles ukrainiens.
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La forteresse UE dresse de nouveaux obstacles devant les Balkans occidentaux
Par Oliver Grimm
Des dizaines de milliers de manifestants dans les rues contre le gouvernement serbe, réclamant la fin de la décennie étouffante du président Aleksandar Vučić ; une guerre de territoire entre Américains et Européens pour savoir qui désignera le prochain Haut représentant en Bosnie-Herzégovine ; et une classe politique kosovare tellement enfermée dans ses rivalités mesquines qu’aucun gouvernement stable ne se profile : à une semaine du sommet UE-Balkans occidentaux dans la ville côtière monténégrine de Tivat, les perspectives d’adhésion des six pays à l’Union avant la fin de la décennie ne paraissent guère prometteuses.
Mais il y a aussi des motifs d’optimisme. Dans l’ensemble, l’UE reste une superpuissance économique dans la région — et son poids économique s’est accru presque partout au cours de la dernière décennie. Entre 2014 et 2024, les investissements directs européens rapportés au PIB ont augmenté dans tous les pays candidats, sauf en Serbie. En Albanie, les investissements des entreprises européennes représentent 2,7% de la production économique. Au Monténégro, ils atteignent même 5,7%. Le virage illibéral de Belgrade loin de l’UE se reflète également dans l’effondrement de la part des investissements européens dans le PIB serbe, passée de 1,6% à 0,4%. La Chine a pris la place des Européens.
Malgré cela, l’intégration des entreprises des six pays concernés (Albanie, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Monténégro, Macédoine du Nord et Serbie) constitue globalement une réussite. “Les investissements directs étrangers favorisent l’intégration de la région dans les chaînes de valeur européennes et mondiales, soutiennent la formation de capital et peuvent générer des retombées positives en matière de productivité pour les entreprises nationales”, écrivent Madalena Barata da Rocha, Niclas Poitiers et Nina Vujanović dans [une nouvelle étude publiée par le centre de recherche bruxellois Bruegel](http://La fortaleza UE levanta nuevos obstáculos para los Balcanes Occidentales).
Le concept géopolitique du “changement par le commerce”, selon lequel l’UE accroît son influence dans les pays tiers grâce à l’attractivité des relations économiques, fonctionne donc dans les Balkans occidentaux. Mais il atteint ses limites — littéralement. “L’intégration reste incomplète”, souligne l’étude. “Bien que les droits de douane aient été supprimés, les entreprises de la région continuent de faire face à des coûts commerciaux substantiels pour accéder au marché de l’UE.”
Que se passe-t-il donc ? Parmi les barrières non tarifaires, les réglementations sanitaires et phytosanitaires de l’UE — tout ce qui concerne la sécurité alimentaire, animale et végétale— submergent parfois les entreprises des Balkans occidentaux. L’UE ne peut ni ne doit remettre en cause ces règles, puisqu’elles concernent au final la santé de ses citoyens.
La situation est différente en ce qui concerne les “infrastructures transfrontalières inefficaces” qui, selon les chercheurs de Bruegel, entraînent des inefficacités coûteuses. Le système européen d’entrée/sortie (EES), qui enregistre numériquement depuis avril chaque entrée et sortie aux frontières extérieures de l’Union et sert de base à un meilleur contrôle de l’espace Schengen, pose des problèmes particuliers au secteur des transports. Le traitement des camions et de leurs chauffeurs est particulièrement lent aux frontières entre la Serbie et la Hongrie ainsi qu’entre la Serbie et la Croatie. Les chauffeurs de ces pays ne sont autorisés à séjourner dans l’espace Schengen que 90 jours sur une période de 180 jours. De quoi compliquer sérieusement la planification des entreprises logistiques. “On craint que le secteur des transports des Balkans occidentaux ne se contracte en conséquence”, avertissent les auteurs de l’étude.
La Commission rappelle toutefois que les règles n’ont pas changé. Si vous voyagez sans visa vers l’UE, vous n’êtes autorisé à rester que 90 jours. La seule différence, a expliqué un porte-parole de la Commission à La Matinale Européenne, c’est que ces règles sont désormais effectivement contrôlées grâce au système EES. Pour atténuer les difficultés logistiques du secteur du transport, la Croatie a commencé à délivrer des visas Schengen d’un an aux chauffeurs routiers et aux conducteurs d’autocars. Ils ne tombent donc plus sous le coup de la règle des 90 jours. Une mesure explicitement saluée par la Commission.
Les entreprises des six pays candidats doivent également composer avec trois réglementations européennes relativement récentes : le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (CBAM), la directive sur le devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité et celle sur le reporting de durabilité des entreprises. Les deux dernières pourraient toutefois, au moins en théorie, offrir des opportunités aux entreprises “parce qu’elles peuvent renforcer la confiance des clients européens et remplacer des concurrents exclus des chaînes d’approvisionnement faute de respecter ces normes”.
Dans tous les cas, la paperasse imposée par l’UE provoque d’importantes difficultés pour les entreprises des Balkans occidentaux. Les auteurs de Bruegel citent une enquête de 2021 selon laquelle les micro et petites entreprises consacrent environ 40% de leur temps de travail hebdomadaire aux exigences documentaires.
Bruxelles a conscience de ces problèmes. Les accords de stabilisation et d’association conclus avec les six pays candidats, ainsi que le “nouveau plan de croissance pour les Balkans occidentaux”, prévoient des fonds et des programmes destinés à alléger la charge réglementaire. Mais les auteurs de Bruegel dénoncent un “cadre incomplet et ambigu pour réduire les barrières non tarifaires avant l’adhésion pleine et entière”.
Un non-paper récemment diffusé par les ministères des Affaires étrangères d’Autriche, de République tchèque, d’Italie, de Slovaquie et de Slovénie pourrait offrir au moins des solutions partielles à ces problèmes. Les cinq États membres proposent une “intégration sectorielle” au marché unique. Avant l’adhésion complète, les pays candidats devraient pouvoir démontrer “un haut niveau de conformité avec l’acquis communautaire et une application robuste et crédible de l’État de droit”.
Le document donne des exemples de cette intégration sectorielle : intégration accélérée aux marchés de l’énergie et de l’électricité, au marché unique numérique — les cyniques objecteront qu’il reste encore à construire —, aux transports et à la logistique, aux stratégies européennes de compétitivité et de politique industrielle, ainsi qu’aux stratégies relatives aux matières premières critiques, sans oublier un programme de mobilité des jeunes comparable à celui que l’UE négocie depuis quelque temps avec le Royaume-Uni.
La “mise en œuvre complète des Green Lanes” est également évoquée. Il s’agit, en pratique, de voies prioritaires pour le transport transfrontalier qui, grâce à l’échange anticipé de données et au suivi numérique des cargaisons, permettent des passages de frontière sans contrôles interminables. Quelques Green Lanes existent déjà, mais elles restent fragmentaires.
Ces propositions méritent d’être examinées. Mais elles changeront peu le problème fondamental : ces pays candidats sont submergés par l’intégration au cadre réglementaire de l’UE. Un cadre qui, ironie du sort malgré la poussée dérégulatrice des deux dernières années, est devenu encore plus difficile à traverser, l’Union renforçant à la fois ses frontières et sa quête d’autonomie stratégique.
Au bout du compte, quiconque veut rejoindre le club le plus riche du monde devra forcément ravaler ses réticences et se soumettre à la bureaucratie bruxelloise.
La citation
“L’Union européenne est un géant bureaucratique”.
Giorgia Meloni.
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Géopolitique
L’UE ne quittera pas Kyiv malgré les menaces – L’Union européenne refuse de céder aux menaces du Kremlin et maintiendra sa présence diplomatique à Kyiv. Le Service Européen pour l’Action Extérieure dirigé par Kaja Kallas a convoqué hier le chargé d’affaires russe pour lui délivrer ce message. “La Russie tente de semer la panique avec l’appel aux citoyens étrangers et aux diplomates de quitter Kyiv pour isoler l’Ukraine. Ça ne fonctionne pas”, a affirmé la porte-parole du service. “La Russie est désespérée. Elle perd sur le champ de bataille et frappe les civils, les infrastructures et les bâtiments. Toute attaque intentionnelle est un crime de guerre et les responsables seront traduits en justice”, a averti la porte-parole. “La Russie n’est absolument pas intéressée par la paix et sabote tous les efforts en ce sens”, a pour sa part dénoncé la porte-parole de la présidente Ursula von der Leyen.
Berlin refuse de se laisser intimider par Poutine – “Nous avons clairement fait comprendre aujourd’hui à la Russie que nous ne nous laisserons pas intimider par des menaces et que nous continuerons de soutenir l’Ukraine”, a annoncé le ministère allemand des Affaire étrangères.
Londres prive le Kremlin des crypto monnaies – Le Royaume-Uni a décidé de traquer les réseaux de crypto monnaies utilisés pour le financement illicite de l’effort de guerre de la Russie contre l’Ukraine. “Le Kremlin n’échappera pas à nos sanctions en se cachant derrière des réseaux cryptés et des systèmes financiers occultes”, a déclaré hier la ministre des affaires étrangères du Royaume-Uni, Yvette Cooper, avec l’annonce d’un paquet de sanctions contre des individus et des entités liées au secteur financier russe et impliqués dans les systèmes de paiement alternatifs et les crypto actifs.
Réunion OTAN le 18 juin sur les annonces américaines – Les ministres de la Défense de l’OTAN se réuniront le 18 juin au siège de l’Alliance à Bruxelles, a annoncé hier la porte-parole de Mark Rutte. Aucune précision n’a été fournie sur la teneur des discussions, mais le sujet principal sera l’importance du retrait des forces américaines stationnées en Europe. Les États-Unis ont informé leurs alliés européens de leur intention de réduire significativement leurs contributions militaires à l’OTAN et les ont exhorté à agir rapidement pour combler l’écart, selon les informations obtenues par le média allemand Der Spiegel. Les plans américains ont été présentés par Alexander Velez-Green, conseiller principal et envoyé du secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth, lors d’une réunion confidentielle la semaine dernière au quartier général de l’OTAN à Bruxelles et leur ampleur a stupéfait les alliés européens. Outre une réduction conséquente de la cavalerie américaine –les forces mises à disposition de l’Alliance en cas d’attaque en Europe dans le cadre du Modèle de Forces – la Maison Blanche et le Pentagone veulent réduire significativement le nombre de drones déployables, d’avions de combat, d’avions ravitailleurs, de bombardiers stratégiques, de navires de guerre, de sous-marins et d’autres actifs navals. La question est la manière de procéder : un retrait brutal ou étalé dans le temps pour permettre aux alliés de prendre le relais.
MFF
La Suède accueille le petit-déjeuner des pays “frugaux” – Hier, le groupe des pays “Amis de la cohésion” a tenté de se faire entendre lors du Conseil Affaires générales, mais les “frugaux” sont déterminés à réduire au maximum la taille du budget 2028-2034 de l’UE. Avant la réunion des ministres, la Suède a accueilli une réunion de neuf États membres contributeurs nets au budget : la Finlande, le Danemark, la France, l’Allemagne, l’Autriche, les Pays-Bas, la Belgique, ainsi que l’Irlande en tant qu’observatrice, celle-ci devant assurer la présidence tournante du Conseil de l’UE à partir de juillet et devant négocier un accord d’ici décembre. “La position de la Suède est claire : nous avons besoin d’un budget meilleur, pas d’un budget plus important”, a déclaré la ministre des Affaires européennes, Jessica Rosencrantz. Parmi les neuf pays, “nous sommes d’accord sur de nombreux aspects du budget, notamment la nécessité de le moderniser et de renforcer la conditionnalité liée à l’État de droit, ainsi que le fait qu’il y a peu de marge pour une augmentation de nos contributions”, a-t-elle ajouté.
Euro
Meloni fâchée par Ursula von der Leyen – “L’UE est un géant bureaucratique myope quand il s’agit de se faire entendre et qui trop souvent a sacrifié la compétitivité, la croissance et la vision stratégique sur l’autel d’approches idéologiques et technocratiques et pousse le continent vers un déclin économique et géopolitique”. Quand Giorgia Meloni est contrariée, elle ne mâche pas ses mots. Cela fait des semaines que la présidente du conseil italien demande à la présidente de la Commission européenne de l’aider à faire face à la crise énergétique. Meloni ne cache plus sa frustration après les rebuffades de l’équipe von der Leyen et de ses partenaires européens. Lors d’une réunion avec la Confindustria, le patronat italien, elle a lâché une rafale d’insultes contre Ursula von der Leyen : idéologue, technocrate et myope. Confronté à une crise énergétique, son prédécesseur à la tête du gouvernement, Mario Draghi, avait été plus économe en accusant la présidente de la Commission de souffrir d’un “déficit cognitif”.
Élargissement
Kos espère conclure les négociations avec l’Albanie d’ici 2027 – La commissaire à l’Élargissement, Marta Kos, a déclaré hier qu’elle soutenait “l’objectif et l’engagement de l’Albanie à finaliser les négociations (d’adhésion) d’ici la fin de 2027”. Hier, une nouvelle conférence intergouvernementale s’est tenue pour marquer les progrès réalisés par Tirana, en particulier sur les chapitres de négociation “fondamentaux”, liés à la démocratie et à l’État de droit. Marilena Raouna, ministre chypriote des Affaires européennes, a expliqué que l’Albanie progresse de manière constante, conformément à l’approche basée sur le mérite de l’UE. “Je le dis sans aucune flagornerie : avoir la Commission européenne à nos côtés signifie avoir la garantie que nous y arriverons, et nous y arriverons. Et nous serons membres de cette famille d’ici la fin de cette décennie. Je le sais”, a assuré le Premier ministre albanais, Edi Rama.
Hongrie
Premier conflit entre la Hongrie et la Commission sur les produits agricoles ukrainiens – Péter Magyar est attendu demain à Bruxelles pour rencontrer la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, et conclure un accord qui devrait permettre de débloquer des milliards d’euros de fonds de l’UE gelés en raison des violations de l’État de droit par Viktor Orbán. Mais Magyar a décidé de ne pas renier tout ce que son prédécesseur a fait. Son gouvernement a choisi de maintenir l’interdiction d’importation de plusieurs produits agricoles ukrainiens, une mesure initialement annulée par erreur. Ce différend remonte à 2022, lorsque la Pologne, la Hongrie, la Slovaquie, la Roumanie et la Bulgarie ont introduit un embargo unilatéral, malgré l’octroi de plus de 150 millions d’euros d’aides exceptionnelles pour les agriculteurs de ces pays. Même le retour au système des quotas et des droits de douane pour les produits agricoles sensibles n’a pas permis de débloquer la situation. Hier, un porte-parole de la Commission a rappelé que les restrictions hongroises “risquent de fragmenter le marché unique” et ne sont pas justifiées “à la suite de la récente mise à jour complète de l’accord de libre-échange UE-Ukraine”. La Commission exige “la suppression des mesures nationales encore en vigueur”, a-t-il déclaré. La Commission a ses responsabilités : jusqu’à présent, elle a choisi de ne pas engager de procédures d’infringement, malgré la violation des règles de la politique commerciale. Magyar peut dormir tranquille.
Souveraineté satellitaire
Une préférence européenne, mais pas totale – Qui obtiendra le spectre européen pour les satellites ? La vice-présidente de la Commission, Henna Virkkunen, donnera la réponse aujourd’hui après la réunion du Collège. Le débat entre les commissaires risque d’être animé. Selon plusieurs sources, les opérateurs américains comme Starlink et Amazon ne seront pas totalement exclus de l’attribution potentielle du spectre. Cependant, la Commission semble déterminée à réserver les deux tiers du spectre aux opérateurs européens afin de réduire la dépendance envers les Américains. Le projet IRIS², soutenu par l’UE, est le principal candidat.
Cela se passe aujourd’hui
Présidence chypriote de l’UE : Réunion informelle des ministres des Affaires étrangères (Gymnich) à Nicosie
Conseil de l’Espace économique européen
Commission européenne : Conférence de presse de la commissaire Lahbib sur la communication concernant l’aide humanitaire
Commission européenne : Déclarations à la presse de la vice-présidente Virkkunen sur la proposition relative aux services satellites mobiles
Commission : la présidente von der Leyen reçoit le conseil d’administration de SME United
Commission : le commissaire Micallef reçoit le directeur général de Spotify, Gustav Söderström
Commission : le commissaire Dombrovskis rencontre le président de l’Autorité bancaire européenne, François-Louis Michaud
Parlement européen : la présidente Metsola à San Francisco
Conseil : réunions du Coreper I et II
Eurostat : données sur les heures travaillées en 2025 ; données sur les mineurs dans la migration en 2025